lundi 5 novembre 2012

Comment sait-on que l’on est amoureux ?

Pouvez-vous me donner les symptômes de l'amour ? Comment sait-on que l'on aime vraiment, de manière concrète ? Merci à vous. 

Ce qu'en dit Sarah :
Georges et Anne vivent depuis cinquante ans ensemble. Un jour, Anne est victime d'un accident vasculaire cérébral. Son état se dégrade. Elle ne peut ni marcher, ni manger, ni se laver seule. Bientôt, c'est à peine si elle peut parler. Elle déraisonne. Dans le huis clos de leur appartement, Georges l'accompagnera et l'aimera jusqu'à la mort.
Une femme marche sur une plage. L'homme qu'elle aime tarde à venir. Elle l'attend. Les minutes passent, elle s'aperçoit qu'autour d'elle les hommes ne la regardent plus comme on la regardait avant. Et, quand son amant arrive enfin dans sa direction, il la confond, de loin, l'espace d'un instant, avec une autre passante.
Pour son plus grand malheur, Phèdre est amoureuse de son propre beau-fils. Elle l'avoue, ça lui est tombé dessus sans crier gare : « Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue; Un trouble s'éleva dans mon âme éperdue ; Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ; Je sentis tout mon corps, et transir et brûler. »
Charles tombe amoureux d'Odette. Mais Odette le trompe. Il ne cesse d'être tourmenté par la jalousie au point de se demander si l'on peut aimer sans être jaloux. « Parmi l'obscurité de toutes les fenêtres éteintes depuis longtemps dans la rue, il en vit une seule d'où débordait - entre les volets qui en pressaient la pulpe mystérieuse et dorée - la lumière qui remplissait la chambre et qui, tant d'autres soirs, du plus loin qu'il l'apercevait en arrivant dans la rue le réjouissait et lui annonçait: "elle est là qui attend" et qui maintenant, le torturait en lui disant: "elle est là avec celui qu'elle attendait". Il voulait savoir qui ; il se glissa le long du mur jusqu'à la fenêtre, mais entre les lames obliques des volets il ne pouvait rien voir; il entendait seulement dans le silence de la nuit le murmure d'une conversation. »
Elle a quinze ans. Elle devient la maîtresse d'un riche Chinois bien plus âgé qu'elle. Elle lui dit qu'elle n'est là que pour l'argent. Mais dans le bateau qui la ramène en France, une nuit, au cours de la traversée, en entendant un air de Chopin, elle éclate en sanglots et n'est tout à coup plus du tout sure de ne pas avoir aimé cet homme, « d'un amour qu'elle n'avait pas vu » et « qu'elle n'avait pu que retrouver seulement maintenant, à cet instant de la musique, jetée à travers la mer. »
Il aurait pu être tentant de répondre à votre question par une liste de critères précis qui, de l'accélération de la fréquence cardiaque au nombre d'heures passées dans la salle de bains, en passant par la baisse de l'appétit ou la façon tendre et niaise de sourire dans la rue en regardant son téléphone portable, signeraient ce que devraient être les signes de l'amour. Mais laissons cela aux tests des magazines féminins, d'autant que, ainsi que me le disait récemment une jeune femme : « si on a le cœur qui bat, c'est pas forcément l'amour, ça peut être un souffle au cœur ou une tachycardie sévère. »
Attraper l'amour comme on attrape la grippe ?
Le fait que vous parliez des symptômes de l'amour comme on pourrait parler des symptômes d'une grippe n'est pas anodin. L'amour, même le plus fort, n'est jamais exempt d'ambivalence. Et l'on peut en effet tomber malade d'amour. Nombreuses sont les personnes qui commencent une thérapie parce qu'elles ont un chagrin d'amour, parce qu'elles s'aperçoivent que leur désir peut être troublé par l'amour ou l'amour troublé par le désir, ou parce qu'elles viennent de faire une rencontre si heureuse que cela bouleverse leur identité et la façon qu'elles avaient jusqu'à présent d'envisager leur existence.
On aurait pu également être tenté de vous répondre qu'à partir du moment où vous vous posez la question, c'est que vous ne l'êtes pas, amoureuse. Or, les choses sont infiniment plus subtiles. Car, d'une part, l'amour aime le masque et c'est parfois celui qui aime qui est le dernier à le savoir. D'autre part, même quand on reconnaît ce que l'on éprouve pour l'autre comme étant de l'amour, sait-on vraiment quelle place on occupe réellement pour l'autre et quelle fonction exacte il a pour nous ?
En résumé, si j'ai commencé ma réponse à votre question en vous donnant des exemples très différents tirés du cinéma et de la littérature (Amour de Michael Haneke, L'identité de Milan Kundera, Phèdre de Racine, Un Amour de Swann de Marcel Proust, L'Amant de Marguerite Duras), c'est pour vous faire entendre qu'il n'y a pas une et une seule façon d'aimer. Mais sans doute devez-vous trouver la vôtre, celle qui vous ressemble. A ce propos, que pourriez-vous dire de la façon dont, jusqu'à présent, vous avez été aimée ?

Sarah Chiche
 
www.sarah-chiche.blogspot.com

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